dimanche, mai 15, 2005

Le paradigme des ivrognes : "laisser faire" et propriété privée

Deux ivrognes rentrent chez eux tenant chacun une bouteille de bière vide à la main. Ni leur état d’ ébriété, ni l’ obscurité ambiante – il est 2h 30 du matin – ne leur permettent de jeter leurs bouteilles dans les poubelles longeant la chaussée. Le premier homme lance la sienne sur la gauche – il s’ agit d’ un parc public. Le second jette sa bouteille sur la droite, dans le jardin d’ une modeste famille du nord de Paris. Ils continuent leur route, se soutenant mutuellement pour ne pas tomber dans le caniveau. Le lendemain, Mr X, le récent propriétaire d’ un petit pavillon du 19° arrondissement s’ éveille et quelle n’ est pas son exaspération de retrouver encore une fois une bouteille vide dans ses plates-bandes de tulipes. Loin de céder au renoncement, il enfile un pull-over, des souliers et part chercher, pour le mettre à la poubelle, le triste objet. Mr X est employé dans un grand magasin situé à quelques centaines de mètres de son habitation. Ce matin, le soleil est radieux, et Mr X se rend à son travail à pied. Il doit pour cela traverser le petit parc en face de sa maison. C’ est alors qu’ il passe devant la seconde bouteille. Il passe son chemin, non par peur d’ arriver en retard à son travail, mais à cause du raisonnement qui est le sien : « Cet espace vert est traversé chaque jour par des centaines de personnes, il y en aura bien une pour la ramasser, et de toute façon, ce parc ne m’ appartient pas ! ». La bouteille restera au bord de l’ allée 8 jours durant. Nul ne sait si elle fut mise à la poubelle par un employé municipal de passage ou par quelque individu bienveillant (Peut-être est-ce simplement un petit garçon qui a shooté dedans pour l’ envoyer dans l’ étang tout proche ?).
Quelles leçon tirer de cette brève histoire ?
Doit-on interdire la consommation d’ alcool ? Bien évidemment non ! Notre propos ici n’ est pas d’ aborder un tel débat. On pourra sur ce point se reporter à de nombreux articles et analyses sur la Prohibition aux Etats-Unis.
Il importe de tirer deux conclusions : La propriété privée est la plus sure garante d’ une gestion responsable de l‘ environnement (en effet, dès le lendemain matin, la bouteille dans le jardin privé avait été mise à la poubelle). Seuls les biens publics sont gérés de manière irresponsable. D’ autre part, il est fréquent de reprocher au libéralisme le « laisser faire » qu’ il induirait sur le plan environnemental. Force est de constater qu’ un véritable système libéral (c’ est à dire reposant sur des droits de propriétés forts et clairement définis) est le seul moyen de se prémunir contre l’ irresponsabilité collective. C’ est en effet dans le parc public que des milliers de passants ont LAISSÉ FAIRE les deux ivrognes et c’ est bien dans ce parc que les bouteilles sont restées plusieurs jours.

8 commentaires:

phonono a dit…

Le gusse aurait pu se dire "le parc est public donc il appartient à tout le monde donc aussi à moi donc il est de mon devoir de ramasser la poubelle" comme j'aurais aussitôt pensé. Ou alors un employé des parcs l'aurait ramassé le jour suivant.

Mauvais exemple.

Quand on vit dans le néo-catholicisme on pense que Dieu va tout arranger, qu'on soit pour le libre marché ou non.

lelibéralécolo a dit…

1)Observez autour de vous et comparez. Votre idée parait plausible, mais elle est néanmoins vouée à rester au stade d' idée.

2) Je ne vis pas dans le néo-catholicisme.

Guillaume

phonono a dit…

Observez autour de vous et comparez. Votre idée parait plausible, mais elle est néanmoins vouée à rester au stade d' idée.
J'observe autour de moi et je vois des zones sales et des zones propres. Cela ne dépend pas du fait qu'elles soient en propriété privée ou non. Cela dépend de plusieurs facteurs mais une communauté consciencieuse ne le devient pas en criant lapin. Ce n'est pas en vendant un parc à un organisme privé que demain matin il deviendra un espace privé ou qu'il sera mieux géré.

Je ne vis pas dans le néo-catholicisme.
No, you live in denial. French socialism is just catholicism under anew guise. Aux États-Unis c'est la nouvelle aristocratie qui s'installe avec les idées libertariennes de transférer le "fardeau" fiscal sur les masses populaires et de gader les grandes familles riches éxonérées d'impôt.

lelibéralécolo a dit…

Cela ne dépend pas du fait qu'elles soient en propriété privée ou non Vous voyez une bouteille de bière dans votre jardin, vous la rammassez (ou tout au moins 98% des gens la ramassent). Ramassez-vous toutes les bouteilles que vous voyez trainer au bord des routes, dans les espaces publics,...? Je ne le pense pas (ou alors je vous félicite et vous faites partie des 2% à le faire). La différence concerne uniquement le régime de propriété, publique ou privée.

Je ne réponds pas aux accusations mensongères et infondés. Si il est vrai que c' est un moyen très facile de masquer son manque d' arguments et son incapacité à accepter la réalité, il en reste néanmoins une méthode basse et hautement pitoyable. Sachez pour votre gouverne personelle que je ne suis aucunement issu de l' aristocratie américaine ou de quelconque milieu fort aisé. C' est aussi pour cela que je suis libéral.

ORION a dit…

Ce n'est pas dans le parc public que s'est exercé le laisser faire, mais sur le domaine public. Le problème n'est pas la consommation d'alcool, mais la conduite je m'en foutiste des mêmes "jouisseurs-assistés". Et c'est donc d'abord le laisser faire de l'état qui n'assume plus ses fonctions régaliennes de sécurité: ce qui est anormal c'est d'abord de balancer ses merdes n'importe où, imbibé ou pas, domaine public ou pas . Citons en vrac les canettes de bière, les mégots même pas éteints, les mollards et autres schwimm-gums, les tags etc ...
La solution est donc répressive-préventive: obliger systématiquement et sans délais les pollueurs à nettoyer leurs merdes comme ils le feraient sur leur domaine privé!
Et accessoirement rétablir les "consignes" sur les emballages en verre parfaitement réutilisable ...

lelibéralécolo a dit…

Je suis tout à fait d' accord pour dire que l' Etat fait bien souvent preuve de désinvolture dans l' exercice de ses fonctions régaliennes, et je le regrette vivement.
Mais cette histoire se veut une valeur d' apologue. Remplaçons la bouteille par des gaz ou des produits polluants, des animaux tués ou des arbres coupés, et l' on arrive bien au constat final. Le respect de Droit et de la morale se fait grâce à la propriété privée, non par l' entremise de la propriété publique.

Anonyme a dit…

La propreté de l'environnement n'est en rien lié au statut privé ou public de l'objet considéré.

La base du problème réside dans le niveau de respect des infrastructures par l'ensemble des citoyens.

Si tous les citoyens étaient respectueux de l'environnement, il n'y aurait pas de déchet qui traine car, pour autant que l'Etat dispose des poubelles en suffisance, les objets y seraient jetés.
Par contre, si la moyenne des citoyens a subi une éducation laxe ("Il est interdit d'interdire", "On ne doit pas traumatiser les enfants avec des ordres bridant leur créativité", etc...), ces personnes ne prendront aucun soin des biens, qu'ils soient privés ou communs (vous le prouvez avec votre histoire, les ivrognes n'ont respecté ni la propriété privée ni le bien public)

Je vous rejoins sur la question de la responsabilité individuelle, elle est à la base de tout mais il ne faut pas se leurrer, on ne vit plus en 1950 !
En ces temps, même dans les grandes villes, les gens se comportaient comme dans les petits villages de province, chacun connaissait tout le monde dans son entourage proche et, par conséquent, chacun se sentait responsable de soi et des autres. C'est ainsi que si un mioche jetait un papier gras par terre, il y avait toujours un grand pour le reprendre et l'éduquer. Sous cette contrainte douce (et socialement reconnue comme apportant une valeur ajoutée au bien-être général) chacun intégrait petit à petit les règles du savoir-vivre de base pour le bien de tous. (Je ne nie pas qu'il y avait aussi des gorets réfractaires à toute éducation...)

Par la suite, l'augmentation progressive de la richesse individuelle a entrainé une diminution du sentiment d'interdépendance sociale (ou solidarité) et par voie de conséquence une rupture progressive du tissu social, rupture favorisée par la flexibilisation du choix du domicile.
Traduit en français :
- auparavant, les gens devaient maintenir des contacts sociaux étroits car leur relative précarité les rendaient dépendants des relations de bon voisinage (comme ils savaient dépendre de la solidarité de leurs voisins en cas de problème, ils étaient "contraints" à bien s'entendre avec eux)
- avec l'augmentation progressive du niveau de vie, cette solidarité s'est délitée, les gens ont perçu que plus leur niveau de vie s'élevait et moins ils dépendaient de leurs voisins (plus ils étaient capables de surmonter un problème sans aide externe) La mobilité engendrée par l'augmentation du revenu faisait qu'on déménageait plus facilement qu'auparavant, ce qui entraine naturellement une perte de cohésion sociale par rupture des liens existants dans l'environnement qu'on quitte et une fragilisation des liens à créer dans l'environnement ou on arrive car on ne va pas forcément investir beaucoup d'énergie dans la création de liens sociaux si on redoute que ceux-ci puissent être rompus par un nouveau déménagement (de soi ou de la personne avec qui on a créé ce lien)
- ceci a entrainé la diminution progressive des liens sociaux, de la responsabilisation collective, du sentiment de cohésion sociale.

Dans la pratique, cette rupture du tissu social s'est traduite par une montée de l'irrespect et une baisse du savoir-vivre puisque de moins en moins de gens trouvaient un intérêt à maintenir ces rites sociaux (en d'autres termes, l'investissement en temps et en énergie nécessaire au maintien des contraintes sociales devenait de moins en moins rentable, et selon les bons vieux principes économiques, de moins en moins justifiables, ce qui a entrainé leur abandon...)

Comme on ne peut malgré tout pas souhaiter "une bonne guerre ou une grosse recession" pour redécouvrir les bienfaits de la solidarité et de la cohésion sociale, on doit développer d'autres moyens de responsabilisation.
Malheureusement, aussi longtemps que la loi du moindre effort gouvernera le monde, il n'y aura aucun incitatif suffisamment puissant pour éviter la dispersion des déchets, que ce soit par les ivrognes ou les sobres sans éducation.

Quoi qu'il en soit, la libéralisation n'est pas une réponse adaptée à ce problème.

En effet, le seul moyen d'obtenir des propriétés publiques ou privées propres consiste à diminuer le seuil de je-m'en-foutisme ambiant, c'est à dire à augmenter le taux de poubellisation des rues.
Plus il y aura de poubelles à disposition et moins les gens seront tentés de jeter leurs déchets partout. (si je trouve une poubelle à moins de 10 mètres, il est facile d'y déposer ses déchets. Si je dois parcourir 200 mètres, il y a de fortes chances que le déchet finisse par terre...)

La solution passe donc par un renforcement du rôle de l'Etat.
Car la solution libérale (basée sur l'entreprise privée) qui consisterait à privatiser les poubelles est irréaliste !
Dans un tel cas, comment l'investisseur rentrera t il dans ses frais ?
Faudra t il payer -.20 pour pouvoir jeter son papier gras dans la poubelle ?

Nul doute que cette solution basées sur l'économie privée entrainera une explosion des décharges sauvages !

Moralité : si vous vous voulez le chantre du moins d'Etat et de l'économie privée, il faudra réviser vos classiques...

Anonyme a dit…

En réalité, les deux "ivrognes" ne sont que deux jeunes bobos en goguette dont les parents ont des professions liberales..Ils ont tiré "une piste"....
L'emploi du mot "ivrogne" est peu libéral car il induit un mépris injustifié qui peut se retourner contre son auteur ou contre sa famille d'appartenance. Un chirurgien libéral imbibé de whisky serait-il différent d'un prolétaire qui n'a que des canettes de bière ?????